It's a new dawn, it's a new day, it's a new life for me... And I'm feeling good

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It's a new dawn, it's a new day, it's a new life for me... And I'm feeling good

Message par Rosa Aletti le Lun 30 Oct 2017 - 15:06

Noir. Tout est noir. Couleurs, lumières, odeurs, sons, goûts, même ce que je touche, tout est noir. Comme si la nuit complète était tombée sur moi. Serait-ce cela, mourir ? Mais non, je ne suis pas morte, je pense encore. Lentement mais sûrement. Je me sens comme emprisonné dans une ouate sombre qui me coupe du reste du monde. C’est inquiétant, mais je préfère ne pas me laisser envahir par l’angoisse et repousse l’envie de me débattre. Même si j’essayais, il est probable que je n’agirais qu’en pensée, tant je me sens paralysée.
Réfléchissons. Qu’étais-je en train de faire ? Je venais de sortir de mon studio et me dirigeais vers la forêt. C’était ma séance de danse à l’épée quotidienne. Rien d’anormal. Je ne me souviens pas avoir vu venir vers moi un véhicule, présageant d’un accident pouvant justifier de mon état. Me serais-je blessée ? Non. Je ne me blesse jamais. Mais alors ?
Mes pensées accélèrent. Le noir se dissipe pour faire place à du gris, un gris terne, sale, brouillé. Je commence à sentir mon corps, vaguement. Des bruits me parviennent, des bips réguliers, des bips qui me rappellent l’hôpital. Je suis à l’hôpital, voilà une information capitale. Comment y suis-je arrivée, voilà la question qui me tourmente. J’espère n’avoir rien de grave.
Je sens mon souffle. Inspiration, expiration. Je peux bouger mes doigts. Je ne ressens aucune douleur. Une vague nausée monte insidieusement de mon ventre jusqu’à ma tête, c’est tout. Inspiration, expiration. Le gris s’éclaircit. Je sens l’odeur typique des milieux aseptisés : une odeur de rien, une odeur étrange qui semble nier toute odeur possible. Ma bouche est pâteuse, je déglutis en ayant l’impression de faire un effort surhumain.
Et puis le gris devient blanc. Je peux bouger mes doigts. J’entends des voix près de moi, mais comme si elles avaient été floutées de manière à ce que je n’en comprenne rien. Je bats des paupières, ouvre difficilement les yeux, les plisse face à l’agressivité que représente une lumière pourtant naturelle. Le temps que mes pupilles s’habituent, mon ouïe se réveille elle aussi.

« Bonjour mademoiselle. Vous sortez d’un coma de cinq jours. Vous avez été transférée dans un autre monde. Je vais m’occuper de vous jusqu’à votre sortie. »

Une voix féminine, qui se veut chaleureuse et rassurante mais dont les propos me semblent complètement irrationnels. Un autre monde ? Quel autre monde ? Il n’y a pas d’autres mondes. J’inspire un grand coup, rempli mes poumons de cet air aseptisé. Maintenant tout à fait réveillée, les yeux grands ouverts, je me redresse et observe la salle d’un coup d’oeil. Une dizaine de lits accueillent cinq ou six personnes qui semblent profondément endormies. Des appareils surveillent leurs constantes. La pièce paraît lugubre malgré les efforts de décoration et les grandes fenêtres qui laissent entrer une belle lumière que je qualifierais de matinale. La couverture qui me recouvre est rêche, et je suis dans une sorte de tunique en tissu léger digne de n’importe quel hôpital. Rien ne me semble anormal si ce n’est la pauvreté apparente du lieu, son minimalisme. La femme à côté de moi retire la perfusion qui me maintenait hydratée et les différents appareils qui ont assuré que mon... coma se passe bien.

Coma ? Vraiment ?

« Que m’est-il arrivé ?
- Comme je vous le disais, vous avez été transférée dans un autre monde. Vous n’êtes plus sur Terre. Vous vous y ferez très vite, ne vous en faites pas. »

Pour quelles raisons une soignante me sortirait-elle un tel bobard ? Je n’en vois pas. J’inspire. Des larmes montent malgré moi à mes yeux. Je déteste ne pas comprendre ce qu’il se passe. Et je crois savoir en mon fort intérieur que mon réveil va m’amener à devoir considérer de nombreux éléments incompréhensibles. J’expire un peu maladroitement à cause de l’émotion. Je me ressaisis. La soignante poursuit :

« Durant votre coma, nous vous avons inséré une puce dans le poignet gauche. Nous allons la configurer ensemble avec toutes les informations concernant votre identité, et elle vous permettra de communiquer avec le réseau Intracom de la Cité. »

Je jette un oeil à mon poignet sur lequel une légère marque rouge témoigne de l’insertion de la puce. J’essaie d’assimiler toutes les informations que me donne la soignante, qui commence à me parler du système de communication et du fonctionnement de ce qu’elle nomme la Cité. Elle me demande alors quel type de « communicateur » me conviendrait, en me faisant une liste des possibilités. Le plus discret me semble être un collier, et elle m’en propose un avec un pendentif taillé en forme de loup. Je n’ai pas tellement le choix de toute évidence, alors je l’enfile tandis qu’elle m’explique comment l’utiliser. Je ne l’écoute que d’une oreille, absorbée par les corps immobiles de personnes qui, comme moi, se réveilleront bientôt dans ce monde autre, dans cette Cité étrangère. Mon attention revient à elle brusquement lorsque...

« ... votre épée et les vêtements que vous portiez à votre arrivée vous seront restitués une fois que vous aurez passé les différents tests du protocole de réveil. »

Ainsi donc mon épée avait été... « transférée » avec moi. Je me sens soudainement rassurée. Je ne suis pas seule. Elle est là.

Commence alors toute une série de questions sur ma personne. On me demande de décliner nom et prénom, âge, et de raconter rapidement ce que je faisais sur Terre avant mon arrivée ici. La soignante semble très intéressée par le fait que j’aie terminé mon master de psychologie. Toutes les informations sont rentrées sur un terminal qui, m’a-t-on expliqué, est connecté au réseau Intracom et enregistre toutes ces données sur ma puce. On m’interroge longuement sur mon épée, et je crains alors qu’elle ne leur pose problème. Peut-être les armes sont-elles formellement interdites dans l’enceinte de la Cité ? Ou bien réquisitionnée pour je ne sais quelle armée ? J’explique qu’elle m’est presque vitale et que je ne m’en sers pas comme arme -même si je le pourrais, mais je me garde bien de le préciser- mais comme accessoire artistique. J’ose espérer qu’on ne me la retirera pas.

Passée cette phase d’interrogations, on me donne une série de documents à la charte graphique sobre mais efficace expliquant le fonctionnement de la Cité et du monde dans lequel je me trouve désormais. J’apprends entre autre qu’il y a deux soleils -ce qui a très bien pu tromper ma déduction sur l’heure matinale qu’il serait-, que les journées durent trente heures -quel bonheur, plus de temps !-, que je serai assignée à un secteur d’activité -voilà qui explique leur intérêt pour mes études de psychologie-,... Je lis très sérieusement toutes ces brochures et me prend au jeu : un nouveau monde, de nouvelles règles, c’est plutôt excitant finalement.

Plus tard dans la journée, de nouveaux soignants viennent me chercher et m’emmènent passer les fameux tests du protocole. Je les passe machinalement, avec une impression de facilité, en me demandant à quoi cela pourrait bien leur servir.

Je vais bien, je n’ai plus cette nausée étrange qui ressemble au mal de transport qui m’habitait au début de mon réveil, et je me sens en pleine possession de mes capacités. J’ai hâte de sortir explorer la Cité, maintenant que son fonctionnement n’a plus de secret pour moi -en apparence du moins. Car je sais bien que les choses vont être difficiles. En réalité, je sais que je vais avoir du mal à assimiler l’ensemble de ces nouveautés, et à comprendre ce monde dans lequel je viens d’être propulsée. Mais je préfère mettre ça de côté et me concentrer sur le présent. On vient de me rendre mes affaires. Mon épée et dans le lot. Je me rhabille, attache mes cheveux en un chignon lâche. Soudain, je m’arrête. La personne en face de moi, il se passe quelque chose.
Je ressens comme des lumières qui émanent d’elle et se dirige dans de nombreuses directions. C’est brouillon, c’est flou, mais je sens quelque chose. Qu’est-ce donc ? Serait-ce donc la magie dont on m’a parlé et dont... je ne voulais pas entendre parler ? Je secoue la tête comme pour me débarrasser de ce ressenti qui fait monter de l’angoisse en moi, sans y parvenir -évidemment. Je décide de ne pas y prêter attention. Pour le moment, tout ce que je veux, c’est sortir de cet hôpital. Je prendrai les choses les unes après les autres quand elles se présenteront.
On m’informe que l’on m’a assigné au secteur de la santé au poste de psychologue -sans blague- et que je devrais « prendre mes fonctions dès demain ». On m’indique également mon logement, et on me donne le numéro d’identification de mon « mentor », que je dois « contacter dans les plus brefs délais ». Enfin, on me dit que je peux partir.

Alors je sors, les deux soleils sur leur déclin, et descend les marches de l’hôpital. Nouveau monde, me voici !
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