[PV] Un autre jour au paradis

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[PV] Un autre jour au paradis

Message par Charleen Imbach le Ven 26 Aoû 2016 - 10:38

Un autre jour au paradis
avec Aileen O'Hara


Les rayons du soleil virent me chatouiller le bout du nez. Je les sentais, oppressants, cognant contre mes paupières clauses pour m’annoncer le début d’une nouvelle journée. Dans un grognement, je roulai sur le côté afin de tourner le dos à la fenêtre. Comme chaque matin, je me réveillais avec la colonne vertébrale endolorie. La faute au matelas inconfortable. J’espérais que c’était une spécificité de l’hôpital, tout comme la nourriture, mais je craignais de me bercer d’illusions.
J’étais à présent bien réveillée, mais je redoutais d’ouvrir les yeux. Je n’étais pas sure d’être prête à affronter une nouvelle journée. J’avais peur d’avoir égaré mes bonnes résolutions de la veille, peur que mon envie de vivre à nouveau se soit envolée durant la nuit. J’avais froid, tout à coup, et j’eus envie de me recroqueviller sur moi-même, les jambes repliées contre mon ventre. Je savais bien, cependant, que si je me laissais aller à la faiblesse, la déprime reprendrait bien vite le dessus. Si mon état s’était amélioré la veille c’était parce que j’avais décidé de remonter la pente. Aujourd’hui comme hier, je devais décider d’aller de l’avant, me convaincre que oui, je pourrai – non, je devais – vivre ici.
Dans un dernier soupir destiné à chasser la mélancolie qui me harcelait, j’ouvris les yeux.

La luminosité agressa mes pupilles, mais ce n’est pas cela qui me fit cligner des paupières plusieurs fois. Un éclaire roux m’était apparu, sur le lit d’à côté. Puis un visage, d’un blanc étincelant sous les rayons du soleil levant. Elle était endormie, paisible. Elle avait quelque chose de beau, pourtant elle ne m’inspira que dégout. Je venais d’être renvoyé à mon propre transfert. Avais-je l’air aussi serein avant de m’éveiller ? À la réflexion, j’aurais peut-être préféré rester dans le coma, pour ne jamais avoir à affronter cette réalité.
Je l’imaginais, comme moi, paniquer face à ce nouveau monde. Désespérée d’avoir perdu les êtres qui lui étaient chers. Se réfugier dans les larmes et les cris. J’en avais la gorge serrée. J’avais envie de pleurer pour elle, mais il semblait que mes larmes s’étaient taries.
Je n’étais pas prête à affronter un nouveau transfert. Pas prête à me retrouver face à la douleur qui m’avait anéantie. Alors je me détournai, honteuse de ne pouvoir l’aider. D’un pas tremblant, je gagnai la fenêtre, ouverture sur la vie que je devais accepter. Ne pas regarder derrière moi. Devant, pas derrière.
J’étais bouleversée. Les émotions se bousculaient et lorsque le cliquetis de la porte se fit entendre je fondis en larmes, dans de gros hoquets incontrôlables. Pas si taris que ça, finalement, le torrent de larmes.

Le lendemain, j’étais calmée. Les soignants m’avaient emmené faire un tour pour me changer les idées. Il semblait que la marche avait un effet bénéfique sur mon moral. Peut-être que le plus gros problème résidait en mon enfermement, mais les médecins n’étaient pas encore prêts à me lâcher dans la nature, j’étais trop instable. Quoi qu’il en soit, la vision de ma nouvelle voisine de chambre ne me déclencha pas de nouvelle crise de panique. Je me surpris même à l’observer, curieuse de savoir qui elle avait été, d’où elle venait. De quelle couleur pouvaient être ses yeux, quel serait le son de sa voix. Je l’imaginai décoratrice d’intérieur, Irlandaise résidant à Londres. Ou peut-être en France ? Son parfum de glace préféré ? La fraise.
Je passais de mon lit, à la fenêtre, de la fenêtre à mon lit. C’était d’un ennui tout à fait assommant. J’observais la ville comme si je cherchais à en mémoriser chaque pierre, chaque ruelle accidentée. Je scrutais la forêt, cherchant ce qu’elle pouvait bien renfermer. Une forêt sans feuille aucune, pas de verdure pour égayer ce paysage terne. Parfois j’entendais des cris qui me donnaient envie de retourner me terrer dans mon lit. Des cris d’animaux, dans aucun doute, mais qui ne ressemblaient en rien à ce que j’avais pu entendre sur terre.
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Re: [PV] Un autre jour au paradis

Message par Aileen O'Hara le Dim 28 Aoû 2016 - 17:26

Un autre jour au paradis
Avec Charleen Imbach


Où est-ce que je suis ? Je ne sais pas où je suis. Il fait noir, si noir. Je sais pas où je suis. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je ne peux pas bouger. Est-ce que je suis paralysée ? Il s'est passé quelque chose lors de mon trajet vers la boutique d'antiquité ? Je me suis fait renversée ? Ça doit être ça, un chauffeur fou m'a certainement rentrée dedans. Non, c'est pas ça. La rue était déserte, c'était le matin, tout était calme, je l'aurais entendu arriver. Alors, pourquoi je ne peux pas bouger ? Pourquoi fait-il si noir ? Pourquoi est-ce que j'ai l'impression… De ne plus être moi ? Ok, réfléchissons. Reprenons depuis le début. Je m'appelle Aileen O'Hara, j'ai 28 ans et je suis pompier volontaire. Voilà, ça, c'est dont je suis sûre. Pour le reste, j'en ai aucune idée.


Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans cet état. J'ai l'impression que ça fait une éternité. Je ne vois rien mais je crois discerner des choses. Des mots, des cris, des larmes… Quelqu'un pleure ? C'est une femme mais je ne la reconnais pas. Je suis à l'hôpital et personne n'est venu me voir ? Même pas ma mère ? Ou encore, Natalia, ma petite amie ? Ou alors, je suis morte ? Non, soyons sérieux, je ne suis pas morte. Enfin, j'espère, sinon, je vais me faire chier ici. Ça risque de faire long jusqu'à la fin des temps. J'entends des oiseaux, enfin, ça y ressemble plus ou moins. Même chose, je ne reconnais pas.


Ça commence à m'énerver, j'ai envie de savoir, j'ai besoin de savoir où je suis et ce qu'il se passe. J'essaye de me débattre, de sortir de cette torpeur, de m'échapper de cette obscurité mais rien ne bouge, je reste clouée au sol. Dans un dernier effort, je me redresse. J'emplis mes poumons d'un air nouveau et je reste figée quelques instants, les yeux dans le vagues, surprise d'avoir finalement réussi. Je parcours la pièce du regard, paniquée, ne reconnaissant rien ni personne. Une femme est assise sur le lit d'à côté, elle semble aussi surprise que moi. Je rejette le drap qui couvrait mes jambes et je saute du lit. Décision que je regrette instantanément. Je m'effondre un genou au sol, prise d'une violente migraine. J'entends des éclats de voix et des médecins accourent. Qui sont ces gens ? Où est-ce que je suis ? L'un des infirmiers m'attrape le bras « Me touchez pas ! Reculez ! » Ils se reculent tous, sans exception. Les trois médecins ne s'approchent plus et semblent tous aussi désemparé que moi. Qu'est-ce qu'il se passe ? Je m'aide du bord d'une petite table de nuit pour me relever. Je tourne la tête pour regarder par la fenêtre. Je ne connais pas cette ville, j'ai même l'impression d'avoir changé d'époque « Où est-ce qu'on est ? » 
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Re: [PV] Un autre jour au paradis

Message par Charleen Imbach le Dim 4 Sep 2016 - 12:39

Je tournais en rond comme une bête en cage. J’étais énervée, sans trop savoir pourquoi. J’avais sans doute besoin de sortir de cette chambre, de bouger. Cela m’avait fait tellement de bien la veille. Moi qui n’étais pas une grande sportive, j’avais tout à coup envie de courir un marathon. J’avais envie d’être éblouie par la lumière du jour et de sentir mes muscles rouler sous ma peau dans un enchainement de contractions et de relâchements. J’ai envie de hurler, dans cette course folle, et d’extérioriser toutes ces tensions accumulées.
Au lieu de cela, je restais prostrée sur mon lit, les yeux fixés sur ma nouvelle colocataire, incapable d’esquisser le moindre mouvement. Mon cerveau s’agitait, mes muscles s’endormaient … Jusqu’à un réveil brutal  où tous se mirent en action dans un sursaut qui me fit presque tomber de mon lit.

La demoiselle venait de se redresser brusquement, tel un zombie. Comme dans les trains fantômes où un vampire sanguinolent sort tout à coup de son cercueil pour vous faire pousser un cri d’effroi. Un instant, j’eus peur qu’elle soit vraiment un de ses morts-vivants. Nous avions les yeux aussi exorbités l’une que l’autre. Yeux qu’elle avait marron et non bleu comme je l’avais imaginé.
C’est elle qui réagit en première, jetant son drap et sautant du lit comme s’il avait été un canot de sauvetage infesté de rats particulièrement agressifs. Cela était plutôt rassurant pour moi, cet instinct de fuite me prouvait qu’elle n’est pas un zombie en quête de chaire fraiche.

La jeune femme s’écroula par terre sitôt que ses pieds eurent touché le sol. A mon tour, je bondis sur mes deux jambes pour lui venir en aide. Mais déjà, plusieurs soignants accouraient. Comment avaient-ils fait pour savoir aussi vite qu’elle s’était réveillée ? Je restais plantée là, face à cette situation mystérieuse. En y repensant, à travers le brouillard qu’étaient les souvenirs de mon réveil, il me semblait bien que Sajmi était arrivé très vite. Comment avait-elle su ? Y avait-il une salle d’observation depuis laquelle on était espionnées ? Des caméras ? Mon regard parcourut les murs colorés mais aucune trace de matériel électronique. Il n’y avait même pas de télé …

Les soignants n’eurent pas le temps d’aider la belle aux bois dormants qu’elle leur hurla de ne pas la toucher. Ce qu’ils firent. Ils reculèrent tous à une distance raisonnable pour rassurer la jeune femme complètement paniquée.
- Où est-ce qu'on est ?, finit-elle par demander après s’être relevée.
Moi aussi j’avais peur. J’étais même terrifiée. Pourtant, depuis le temps que j’étais là, j’aurais dû me faire à l’idée. J’ai envie d’aller me terrer sous mon lit tout à coup. Envie que cela cesse. Mais je restais là, figée, observant tour à tour la jeune femme et les médecins.
- Tu n’es plus sur terre, commença un soignant avec l’air de quelqu’un qui essaie de désamorcer une bombe. Tu as été transférée dans ce nouveau monde, dans cette ville. Je suis Melor, nous sommes là pour t’aider.
Il tenta un mouvement vers la rousse puis se ravisa, attendant sa réaction.
Le temps me sembla suspendu, comme si l’univers entier attendait la réaction de la jeune femme. Elle était une bombe qui risquait à tout moment d’exploser. A moins que la bombe soit mon cœur, qui tambourinait contre ma cage thoracique tel un compte à rebours.
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